Immigration & antiracisme : “religion capitaliste du XXIe siècle” ?

onclesam-armyChacun sait qu’on ne défend pas une guerre, face à l’opinion publique, en invoquant la richesse d’un sous-sol à exploiter, ou des ressources énergétiques à contrôler, mais plutôt la démocratie à exporter et les droits de l’homme à défendre contre un tyran sanguinaire. De la même manière, on ne défend pas l’immigration massive au nom du profit, ou de la lutte de classes que l’oligarchie mène contre le prolétariat, mais au nom de principes inattaquables, sauf à passer pour un salaud : l’humanisme, l’antiracisme, la solidarité, l’ouverture…

Laissons la parole, pour approfondir ce point, au philosophe marxiste Francis Cousin (ses vues sont certainement contestables, notamment pour leur aspect systématique, mais paraissent néanmoins avoir quelque pertinence). Voici ce qu’il déclare dans un entretien à l’Agence Info Libre :

“Il faut se dire ce que nous disait Marx et ce que disait Debord : si le capital a fait de l’immigré sa marchandise-spectacle, sa marchandise vedette, s’il est promotionné comme un produit de premier choix, au cinéma, avec Intouchables, s’il est positionné dans toutes les entreprises du Medef avec les chartes de la diversité, il faut que les gens comprennent que le capital ne valorise que ce qui le valorise. Le capital ne met en spectacle que la défense de ce qui le défend. Donc le capital, aujourd’hui, dans le mouvement tyrannique de son despotisme, s’il met en valeur le migrant, ce n’est pas parce qu’il est attaché au bien des hommes, c’est parce qu’il voit dans les hommes des biens qu’il va rentabiliser.

Donc le chaos migratoire, aujourd’hui, est la forme supérieure de l’armée de réserve telle que Marx l’avait positionnée, et il faut l’analyser du point de vue de la lutte des classes. (…) Il existe aujourd’hui une lutte de classes mondiale, entre la classe capitaliste et le prolétariat universel. (…) Du point de vue de la lutte des classes, (…) pourquoi l’immigré est-il la marchandise vedette du spectacle de la marchandise ? Parce que, dans le cadre de l’armée de réserve, il va effectivement permettre d’avoir une main d’oeuvre qui va casser les coûts, et qui, compte tenu de sa temporalité ancestrale immobile, est à des années-lumières du Communard révolutionnaire qui veut abolir l’argent.

Citons-le encore, dans un entretien sur Meta TV, où il marque sa différence avec l’analyse de certains penseurs d’extrême droite, qui, selon lui, ne comprennent rien au fond du problème :

“Les banlieues ouvrières, il y a 40 ans, disaient “abolition du salariat”. Les banlieues aujourd’hui disent “donnez-nous de l’argent”. Donc ce qu’il faut comprendre, c’est que, aujourd’hui, nous sommes en domination totalement réalisée du capital. Plus rien n’échappe à la logique du capital.

Donc si l’immigration, à travers les dispositions de discrimination positive, les chartes de l’immigration, est devenue le coeur stratégique du capital, ce n’est pas par hasard. C’est que l’immigration est aujourd’hui la clé de voûte d’un remplacement de population qui doit casser les luttes de classes.

Alors il y a un certain nombre d’auteurs qui parlent de “remplacement”, mais ils parlent de “remplacement” sur des bases complètement débiles. Le capital ne veut pas remplacer les Blancs parce qu’il veut mettre des gris, des jaunes ou des bleus. Il s’en fout le capital. Il veut remplacer des populations, parce que les populations antérieures étaient radicales et subversives.

Donc il ne peut pas y avoir de critique du capitalisme sans une critique radicale de l’immigration, mais il ne peut pas y avoir non plus de critique radicale de l’immigration sans une véritable critique radicale du capitalisme. (…) Et donc tous ceux qui gueulent contre l’immigration sans voir les luttes des classes, ils n’ont rien compris ! Le coeur du problème de l’immigration, c’est la lutte des classes. (…)

Ce que le capital veut effectivement supprimer, c’est le Communard ouvrier radical qui, en mai 1968, à des millions d’exemplaires, a conspué Séguy à l’usine de Billancourt en disant “On ne veut pas reprendre le boulot, nous ce qu’on veut, c’est un autre monde“. L’autre monde, il est consubstantiel à la conscience radicale de la paysannerie européenne, qui l’a transmise à la classe ouvrière européenne. (…)

La radicalité subversive, qui nous ouvre la porte de la tradition primordiale communiste, elle est génériquement, elle est ontologiquement enracinée dans notre être générique, dit Marx, l’être générique européen qui découle de ces marches germaniques qui ont fait péter l’empire romain et qui ont constitué à travers les communaux une lutte de classes permanente et radicale qu’on n’a jamais vue ailleurs de par le monde. (…)

L’antiracisme est la religion capitaliste du XXIe siècle, pour, par le “grand remplacement”, tuer définitivement la lutte des classes, et faire de nous des immigrés, au sens où l’histoire radicale migre de notre corps. L’immigration, ce n’est pas seulement des immigrés qui viennent ici, c’est une immigration conceptuelle et générique qui nous fait sortir de notre propre histoire. Combien de jeunes Français “de souche”, aujourd’hui, connaissent l’histoire des groupes radicaux qui, de la Première Internationale à la Commune de Paris, ont défendu le projet radical de l’émancipation humaine ?”

“Une déjection intestinale du pouvoir de la marchandise”

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En bref, la logique du capital réclame une immigration de plus en plus importante. On pourrait dire que les hommes d’affaires (tel Buffett) en sont conscients, tandis que les animateurs médiatiques (tel Ruquier) et les artistes adhèrent de manière irréfléchie à la morale, voire à la religion que génère, pour se justifier aux yeux du plus grand nombre, le système économique.

Il est d’autant plus facile d’accepter ces justifications qu’on ne souffre pas de l’ordre économique et social. Ceux qui en souffrent le plus auront, en revanche, tendance à le contester, en “pensant mal”.

Le clergé médiatique (composé de privilégiés à l’abri de toute souffrance sociale) a alors un rôle déterminant pour dissuader le peuple (souffrant et récalcitrant) de s’entêter dans ses “mauvaises pensées”. D’où le règne des Ruquier, Foresti et autre Mira, leurs outrances, leurs intimidations, leurs menaces rieuses, qui, derrière le rire, laissent de plus en plus apparaître les crocs (ceux des intérêts supérieurs qu’ils défendent, même à leur insu).

Au fond, s’il y a tant de “discours de merde” dans les médias, pour parler comme Marina Foïs, des discours de toutes sortes, c’est qu’il est de l’essence même des médias d’en produire. C’est en tout cas la conclusion que nous suggère Francis Cousin :

« Les médias ne sont pas un [quatrième] pouvoir. Les médias, pour parler comme Marx, sont une déjection intestinale du pouvoir de la marchandise. Ce sont des immanences de la marchandise. Il n’y a pas d’autonomie médiatique. Le médiatique est consubstantiel au fétichisme de la marchandise dans sa marche en avant. (…) Les médias ne sont que le dernier spasme, comme dit Marx, de cette “merde de l’économie politique”. »

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